Le Vaudou haïtien : entre pratique superstitieuse et irresponsabilité de l’État haïtien

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Originaire de l’ancien royaume du Dahomey, actuellement Bénin, d’Afrique de l’Ouest, le vaudou est une religion d’ordre cosmique issue des cultes animistes africains. Parfois décrit comme une culture, une philosophie, une tradition, un simple rituel, un art, entre autres, en 2023, le culte du vaudou reste un sujet sensible en Haïti.

Avec la traite négrière ou le commerce triangulaire, le culte du vaudou s’est rapidement étendu en Amérique et aux Caraïbes, notamment à Saint-Domingue, ancienne colonie française. Il se caractérise par la possession provisoire d’un individu par des esprits (loas, lwa), la croyance dans les morts vivants, le don de guérison, et d’autres pratiques.

Pour conserver leur identité, rester connectés à leur terre et leur culture ancestrale, les esclaves pratiquaient clandestinement le vaudou, considéré comme subversif par les colons. Plus tard, soit le 14 août 1791, avec la cérémonie du bois-Caïman, il devint le catalyseur de l’insurrection des esclaves de Saint-Domingue le soir du 22 au 23 août de la même année, selon certains historiens.

Malgré son rôle stratégique dans la lutte contre le système esclavagiste de l’époque, plusieurs gouvernements ont tenté de réprimer le vaudou, le considérant comme un symbole de résistance contre l’esclavage et les croyances religieuses des ancêtres. À titre d’exemple, le président Fabre Nicolas Géffrard, qui avait signé le concordat avec le Vatican en 1860, a non seulement interdit les activités vodouesques sur l’étendue du territoire national mais aussi a saisi tous les instruments relatifs à cette pratique, faisant arrêter et emprisonner toutes les adeptes du vaudou sans exception.

Sous le gouvernement d’Elie Lescot, le vaudou était au centre de la campagne anti-superstitieuse du président. Aveuglés par le catholicisme, les gouvernements de Cincinnatus Leconte, Tancrède Auguste ont eux aussi lancé une chasse aux sorcières acharnée contre les vaudouisants.

Par ailleurs, François Duvalier, dit papa Doc, ayant détenu le pouvoir entre 1957 et 1971, n’a pas raté l’occasion d’utiliser les frayeurs que le vaudou peut susciter pour accroître son emprise sur la population. Pour se rendre encore plus important, il va jusqu’à se prétendre hougan et associe son image à Baron Samedi, “lwa des morts”, selon le journaliste français Gérard Conreur.

À la mort du président américain John Fitzgerald Kennedy, papa Doc déclare que “l’assassinat du président américain était un sort qu’il lui avait jeté”. Contrairement à plusieurs de ses prédécesseurs, Duvalier avait une culture du vaudou. C’est bien peut-être ce qui explique son attachement à l’ethnologue Lorimer Denis vers les années quarante.

Il faut noter qu’il a fallu la réélection du docteur Jean Bertrand Aristide aux élections du 26 novembre 2000 pour doter le vaudou d’une reconnaissance légale par un arrêté présidentiel publié le 4 avril 2003. Celui-ci a fait du vaudou une religion à part entière et qu’on ne doit en aucun cas confondre avec une pratique superstitieuse, le plaçant sous la protection des lois et institutions du pays, au même rang et titre que toutes les autres religions reconnues par l’État haïtien.

Ainsi, le chef du culte vaudou peut officier les cérémonies de mariage, de baptême et funérailles au même titre que les prêtres catholiques, les pasteurs protestants, selon les directives de l’article 5 dudit arrêté.

Malgré ces avancées, plus d’un estime que l’État haïtien est en partie responsable de la marginalisation du culte vodou en Haïti. Il faut aussi noter qu’aujourd’hui, le vaudou réunit plus de 50 millions d’adeptes à travers le monde.

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