Le paradoxe de la Saint-Valentin : entre romantisme et exigences matérielles

On avait peut-être nos premières dents de lait lorsque le mot Saint-Valentin nous parvenait aux oreilles pour la première fois. En grandissant, on en a appris beaucoup plus, mais cerner l’idéal de ce jour qui se doit d’être marquant tous les ans, certains n’y arrivent strictement pas. Réservé à la célébration de l’amour, le plus somptueux sentiment qui soit selon la rumeur, ce jour a subi des évolutions contradictoires à son sens premier.

La matérialisation a mis des bâtons dans les roues à ce qui reste des vrais amoureux. À croire une version dite officielle, cette fête est à la base implantée pour commémorer Saint-Valentin, un prêtre défenseur de l’amour qui s’était sacrifié pour le triomphe d’une relation amoureuse à laquelle il tenait. Aussi loin qu’on s’en souvienne, il n’en était rien d’échange de cadeaux ou de preuve d’amour accompagné de biens matériels. Aujourd’hui, il suffit que ces gestes s’abstiennent pour que la discorde s’invite au cœur d’une relation, ainsi peut s’ébaucher la caricature d’un mutisme mutuel durant des jours. Pourquoi certaines filles se retrouvent-elles en froid avec leurs partenaires si elles ne reçoivent pas de présent le jour de la Saint-Valentin ?

Tradition qui s’est perpétuée au fil du temps, il est devenu une obligation de graver ses empreintes ces 24 heures tout au plus, par le partage de chocolat, de fleurs, d’ours en peluche, de vin, de champagne ou autres dépendamment de la personne. L’offre des cadeaux est, pour une importante partie de la communauté féminine, l’une des plus significatives manifestations d’amour devant être adoptée par son conjoint. Et si l’amour s’assoit sur le trône de la réciprocité, où les moments à deux sont de plus en plus passionnants, où les baisers et caresses en toute intimité font visiter les cieux insoupçonnés, pourquoi devrait-il revenir exclusivement à l’homme la responsabilité d’offrir les cadeaux ?

Il faut aussi prendre en compte la convoitise de certaines femmes : Sans en avoir vraiment envie, sans être dans la nécessité de recevoir ce qu’elles pensent leur être dû, elles tâcheront de s’en procurer par tous les moyens car l’entourage en sera bondé, les « besties» les brandiront à tour de rôle et se serait se foutre trop la honte si elles en passaient à côté. L’histoire sera belle aussi, ne serait-ce que pour une semaine à la rigueur, raconter son moment de Saint-Valentin en compagnie de son partenaire, ça doit faire classe, non ?

En sus, à force de le faire tous les ans, elles deviennent habituées, ainsi est-il impossible de les en dispenser au risque qu’elles piquent une de ces crises. Autres cas moins récurrents, les scénarios imprévus, ou les situations inappropriées ou difficultés diverses peuvent nuire à l’offre ou la réception des cadeaux, dans tous les cas, ça n’arrange aucune des deux parties. « Une femme se plaignant de ne pas avoir reçu de cadeaux n’est pas comblée, chouchoutée, choyée. Cela ne se produit que lorsque les relations sont boiteuses. Si elle ne vit pas l’amour au jour le jour, elle s’appuiera sur le 14 février pour rattraper le coup » nous raconte Hertha essayant de nous faire comprendre la réaction féminine dans de telles circonstances.

Sur le même sujet, les femmes moins concernées commentent dans le plus parfait calme, isolées de tout ce brouhaha qu’impose la tradition, portant le glaive de l’amour et non du m’as-tu-vu : « Tous les jours devraient signifier la célébration de l’amour, chaque jour est une fête, je profite de chaque jour pour témoigner l’amour à l’endroit de mes proches », a martelé Sarah avant de nous faire remarquer que les femmes boudent leurs maris ou les copines foudroyant leurs copains fondent trop d’espoir autour d’un jour unique dans l’année, la croyance un peu trop creusée jouerait des tours, comme quoi le 14 février était similaire à leur anniversaire vu l’immensité de la déception qui se laisse couler.

Mais là où il y a de la paix, attendez-vous à ce qu’une haleine de feu calcinant vous parvienne. Ainsi, certaines d’entre elles trouvent légitime d’être en colère devant l’absence de cadeau : « Il est normal de se fâcher, on attend le chocolat impatiemment pendant des jours. Imaginez la honte si on n’en reçoit guère de la part du « mawozo ». De plus, nos concurrents en auront alors qu’on restera les bras ballants », nous a vigoureusement lâché Tamar avant d’ajouter : « Cette année, si je ne reçois pas de chocolat, je ne m’adresserai plus à mes prétendants ». Ben là, la messe est dite.

On a toujours tendance à s’enfermer dans ce qu’on nous présente en premier lieu. Un peuple qui s’est libéré de l’esclavage, se battant du bec et des ongles face à la pluralité de systèmes qu’on lui propose, incapable de construire le sien par ses propres moyens, finit par oublier ses racines. Venant de l’Occident, la Saint-Valentin part sur une base purement commerciale, n’oublions pas que l’exploitation est le principal moteur du vieux continent. Jadis, on procédait à l’échange de cadeaux, dans la culture africaine, mais la modernité veut voir les choses autrement.

Influencées par cette société sexiste, comme on en a la certitude, les femmes se voient réceptrices uniquement, jamais donatrices. Ce sont les mêmes filles à qui on disait « Depuis que tu sais laver, cuisiner, passer, caresser un homme… tu es prête pour le mariage » qui deviennent femmes d’où l’origine de cette conception. Si l’homme se passe de l’offre du moindre cadeau, la femme est forcée de croire que sa “matlòt” en a reçu à sa place, d’autres croient que c’est un manque ou une absence totale d’amour. Comme quoi, l’amour de tous les jours, la beauté de la vie partagée, ne sert à rien face aux attentes fondées autour du 14 février.

Imaginez-vous qu’une femme se fait rouer de coups tous les jours dans la vie conjugale et s’attend à ce que des fleurs lui parviennent le 14 février ? À ce point, cette célébration devient exclusivement, et même extrêmement, pécuniaire. « Le plus beau cadeau que l’on puisse recevoir de la part de son conjoint est le respect, un comportement sain, être traité d’une façon particulière. L’aspect commercial tue l’amour », nous apprend Derli qui nous fait savoir que nous devons plutôt nous efforcer d’être le cadeau que la personne aimerait avoir. « Un homme peut offrir un cadeau coûtant la totalité de ses économies durant une année à sa femme par amour, alors qu’un homme ayant le portefeuille bondé verrait simple de débourser le dixième de ses revenus juste pour assouvir son désir d’une femme », termine Derli, pour nous aider à y voir plus clair.

Toutefois, la cruauté de certaines n’empêche pas la sympathie d’autres : « Si mon mec m’offre un cadeau en janvier, je ne vais pas m’attendre à le recevoir le 14 février. Ce n’est pas la date qui compte mais le geste », a commenté Nadia. « C’est stupide de se mettre en rogne pour ces subtilités. Et puis, un homme dont l’amour est sincère, doit-il attendre le 14 février pour faire ce geste amour ? Non ! Le 14 février est un jour comme tous les autres, ce n’est ni la fête de l’amour, ni celle des cadeaux », avoue la jeune femme avant d’ajouter que c’est simplement un jour consacré à l’amour qui ne devrait même pas exister pour elle, le 14 février peut filer comme une lettre à la poste si l’harmonie règne entre deux personnes tous les jours. « L’amour doit être vécu du 1er janvier au 31 décembre », conclut-elle.

Date de show off, aspect commercial, promotion de l’hypocrisie, le 14 février occupe une place différente dans chaque vie. Certains pensent que cette fête n’est pas que pour les couples. « Qu’est-ce que ça veut dire, une femme qui est remontée contre son mec parce qu’elle ne reçoit pas des bouquets de fleurs ? D’où est-ce que ça sort ? Je trouve ça bizarre », objecte Ketia. « L’amour qu’il y a offre peut-être aussi une question de famille et d’enfants. » En somme, toute cette mise en scène ne profite guère aux amoureux, les grands gagnants ne seraient que les capitalistes, de qui on dit que les produits sont parfois toxiques. On prendra bien des décennies avant d’éradiquer cette conception!

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